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Chapitre 1 09/12/2014

 
Octobre 2015 
 

        Louis
 
Je cours vers l'accueil de l'hôpital sans trop savoir pourquoi. L'infirmier que j'ai eu au téléphone m'a pourtant annoncé qu'il est hors de danger, mais je ne peux pas m'empêcher d'avoir peur. J'ai le c½ur qui bat à fond et l'impression que je n'irais pas bien tant que je ne l'aurais pas vu. Même si je sais que lui, il n'a aucune envie de me revoir.
 
« Bonjour, » Je commence précipitamment « Harry Styles. Il a été admis aux urgences cette nuit. Je suis son petit-copain. »
 
La standardiste tape sur son ordinateur, un sourire sur les lèvres. Le sourire rassuré d'une personne qui constate que son ouverture d'esprit est à la hauteur de son époque. Dans quelques années, elle pourra peut-être se contenter de juste me répondre, comme elle l'aurait fait avec n'importe quel couple.
 
« Il est toujours aux urgences. Alors vous prenez l'ascenseur jaune derrière le distributeur et vous montez au premier étage. Après vous allez tout au bout du couloir et vous allez arriver dans le hall des urgences. »
 
Je hoche la tête et je me dirige vers le premier ascenseur que je trouve. Quel étage déjà ? Putain je n'ai absolument pas écouté ce qu'elle m'a dit. Je demande à la personne à côté de moi et elle me dit de la suivre. Je marche sur ses pas jusqu'à ce que je voie, écrit en lettres rouges, « Urgences ». Je me précipite sur la secrétaire.
 
« Harry Styles. »
« Chambre 104, vous pouvez y aller, il s'est réveillé il y a tout juste cinq minutes. »
 
Je me dirige vers la chambre. 104. Les chiffres sont inscrits sur la porte. Une porte parmi les autres. J'actionne la poignée et pénètre dans la pièce. Aveuglante de blancheur. Harry est allongé sur son lit, un épais bandage sur la tête, cachant ses boucles brunes. Mon c½ur se resserre et je m'approche de lui, doucement. Il me regarde, un air méfiant sur le visage. 
 
« Hey, bébé, » je murmure en m'asseyant sur le bord du lit. « Comment tu te sens ? »
 
Il fronce les sourcils, puis regarde derrière moi sans comprendre. 
 
« Hey, » je répète. « Je suis là, tout va bien ».
 
Je veux attraper sa main mais il s'écarte brutalement à mon contact. 
 
« Là. » 
 
Sa voix est rauque, presque cassée. 
 
« Oui ? »
« Là. » répète-t-il. « Qu'est-ce que tu fais là Tomlinson ? »
 
Je me brusque, complètement. Je ne l'avais pas entendu m'appeler comme ça depuis notre première année à l'université. L'année où on s'est rencontrés et où je n'étais que son stupide partenaire de physique, moche, coincé, et complètement associable.
 
« Pardon ? » je murmure, la voix mal assurée.
« Qu'est-ce que tu fous là Tomlinson ? C'est dur à capter ça, comme question ? »
« Je m'inquiétais, je- »
« T'as pas à t'inquiéter. On est pas potes. On est... Rien. Je sais pas, là, tu me soûles. Casse toi! »
« Haz, tu- »
« Mais d'où tu m'appelles comme ça toi ? Je vais appeler les flics si tu te barres pas très vite de chez moi ! »
« De chez toi ? Babe, tu- »
 
Une grimace effleure ses traits à l'instant où ce surnom affectueux sort de mes lèvres. Puis il finit par se retourner sur lui-même, observant sa chambre d'hôpital de bas en haut. 
 
« Mais... Bordel... Je suis où là ?!" 
« T'as eu un accident Haz... Harry, » je me reprends aussitôt face à son froncement de sourcil. « Un accident avec ta voiture. Tu étais ivre. » J'explique en tentant de camoufler le reproche dans ma voix.
« Oh. »
 
Il s'inspecte, rapidement et brièvement. Fait bouger ses bras, ses jambes, ses doigts. Un sourire rassuré effleure ses traits à chaque fois que ses membres répondent correctement.
 
« Tu n'as rien » je le rassure.
 
Mais il ne m'écoute pas du tout et continue son petit manège pendant au moins cinq bonnes minutes avant de se retourner vers moi, l'air de se souvenir de ma présence. 
 
« Bref... Ça ne me dit toujours pas pourquoi t'es là ? »
« L'hôpital m'a appelé pour- »
« Et pourquoi l'hôpital t'a appelé ? » m'interroge-t-il brusquement, « Pourquoi pas mes parents ? »
« Ils sont en route », je le rassure. « Je les ai appelé ».
« Mais d'où t'appelles mes vieux toi ? »
 
Je le regarde, sans comprendre. Pourquoi il parle comme ça ? 
 
« Ils seront là dans quelques heures » je réponds. « Ils ont pris le premier train pour Paris »
« Putain, ils vont me tuer, » explose-t-il, le visage bloqué entre l'énervement et l'anxiété, comme si il n'était pas certain de l'expression qu'il devait adopter « Ils ne savent même pas que je bois. »
« Quoi ? »
« Ils sont super stricts, » il m'explique brièvement d'un revers de main « Tu ne peux pas comprendre. »
« Mais Harry, tu as vingt-trois ans. »
 
Il fronce des sourcils, l'air de me demander ce que je lui raconte encore comme conneries.
 
« Attends, » je souffle, anxieux  « Tu penses qu'on est en quelle année ?»
« Sérieux ? » soupire-t-il. « Tu vas me sortir ce cliché ? »
« Réponds juste à la question. »
« 2010. » 
 
Mon c½ur s'arrête de battre. 2010. Notre première année de fac. Bordel.
 
« Pourquoi tu fais cette tête, Tomlinson ? »
« Je dois aller chercher le médecin. »
 
Je me relève en chancelant du lit, le visage vitreux et le c½ur au bord de l'explosion. Bordel. Non. Ce n'est pas possible. Pas cette année-là. Tout mais pas cette année-là. C'était la pire de ma vie. Celle où je n'étais qu'un moins que rien. Celle où il ne connaissait même pas mon prénom. Je me retourne vers lui, la main sur la poignée. 
 
« Comment je m'appelle ? »
« Quoi ? »
« Comment je m'appelle ? » Je m'emporte. « C'est dur à capter comme question ça aussi?! »
« Mais calme-toi mec »
« Comment je m'appelle ? »
« Je... Léonard ? »
 
Oh bordel. Je vais crever. 
 
« Léopold ? »
 
Mon Dieu. Ce n'est pas réel. Ce n'est pas en train de m'arriver. Pas sérieusement.
 
« Léo... Tout court ? » 
 
Si. Clairement, c'est en train d'arriver. 
 
« Je chauffe ? »
« Louis. »
« Ouais, ça commençait par un L quoi. »
« Je vais chercher le médecin, » je répète fermement en sortant de la pièce.
 
Je crois qu'il m'appelle encore une fois parce que j'imagine bien que mon visage déconfit a dû l'inquiéter mais je ne prends pas la peine de me retourner. J'ai peur. J'ai peur de ce Harry-là. De celui qui m'a toujours prouvé par A + B que j'étais un raté, un coincé, un moins que rien qui gâchait sa vie dans ses bouquins et ses chiffres. 
 
J'attrape le premier médecin qui me passe sous le nez.
 
« Y a un problème avec Harry Styles. »
« Qui ça ? »
« Le patient qui a eu un accident de voiture il y a quelques heures. »
« Hum... Oui, il s'est réveillé. Vous l'avez vu ? »
« Il a perdu la mémoire. »
 
Le visage du médecin s'assombrit légèrement et il relève sa paire de lunettes sur le bout de son nez.
 
« C'est fréquent, vous savez, après un traumatisme. »
« Quand est-ce que ça reviendra ? »
« Quelques heures, jours, mois... Cela dépend. Je vais envoyer une équipe tout de suite pour faire des analyses. Qu'a-t-il oublié au juste ? Son identité ? Son- »
« Non, il sait qui il est. Mais il se croit en 2010. »
« Donc... Il y a cinq ans ? »
 
Dix ans de médecine pour faire un calcul aussi simple. Perspicace, le docteur.
 
« Il faut qu'il retrouve la mémoire, » je déclare. « Il ne peut pas... Il ne peut pas m'avoir oublié. »
« Votre réaction est normale, jeune homme. C'est toujours frustrant pour les proches. Mais la mémoire est un processus complexe. Elle peut revenir du jour au lendemain, comme elle peut ne jamais revenir. Mais il existe des tas d'exercices pour le cerveau. Nous aiderons votre petit-ami. »
 
Je retiens un rire amer de s'échapper de mes lèvres. "Petit-ami". Il ne sait même pas que je le suis. Il ne sait même pas qu'il est gay. Mon Dieu, cette histoire n'a aucun sens ! 
 
« Ne paniquez pas, Monsieur Tomlinson, nous ferons tout pour vous aider. »
 
Lui, je n'en doute pas. Mais moi ? Moi est ce que j'aurais encore la force de tout recommencer à zéro ? De repartir à la case départ ?
Tout ça pour un mec qui ne veut plus de moi de toute façon.
 
 
 
      Harry
 
 
Je regarde le paysage défiler à travers la vitre. Rien ne se ressemble. Cinq ans. J'ai perdu cinq ans de ma vie. J'ai vingt-trois ans et plus aucun souvenir. Je suis dans la voiture de Tomlinson, apparemment on est devenus colocataires, il y a deux ans. Je ne sais même pas comment c'est possible, je n'ai pas le souvenir de lui avoir vraiment parlé un jour. Comment j'ai pu partager deux ans de ma vie avec quelqu'un que je connais à peine ? Comment j'ai pu me payer une collocation sur Paris alors que je n'ai pas un rond ? Et surtout, comment j'ai réussi à avoir mon Master ? 
Mon dernier souvenir remonte au début du mois de janvier 2010. Je n'allais pas en cours, je sortais avec mes potes presque tous les soirs de la semaine, j'avais une copine qui était devenue mon plan cul, je vivais dans une cité universitaire. La vie clichée d'un étudiant. 
Et je me retrouve en 2015, avec un job de merde et un colocataire que je connais à peine.
J'ai eu le droit de sortir de l'hôpital trois jours après l'accident. Mes parents sont restés avec moi tout ce temps-là. Tomlinson s'est fait plus discret. Il s'est juste ramené hier pour m'informer qu'on vivait ensemble et qu'il viendrait me prendre demain. J'ai accepté, sans vraiment réfléchir. Parce que je n'ai rien. Aucun contrôle. Aucun souvenir. Je dois juste le croire. 
La voiture se gare sur un parking, derrière un immeuble. Je ne sais même pas dans quel quartier on est, je n'ai pas demandé. D'ailleurs, je n'ai pas ouvert la bouche depuis qu'on est sortis de l'hôpital. 

« 
Voilà, » murmure Tomlinson en coupant le moteur.

Je le regarde en biais. Il a vieilli, il fait plus mature, plus musclé, moins coincé. Sa barbe naissante dessine sa mâchoire et ses cheveux d'habitude si soignés lui tombent sur le front. Des cernes creusent ses joues. On dirait qu'un tsunami a ravagé sa vie bien rangée. Et il serait presque devenu beau. 

« 
On y va ? Tu vas bien ? » S'enquit-il. 
« Ça
t'est déjà arrivé de faire un bon de cinq ans dans le futur et de n'avoir aucune idée de comment tu en es arrivé là ? »
« 
Non. »
« 
Alors ne pose pas une question aussi idiote. »

Il ne commente pas et sort de la voiture. Je le suis. C'est ridicule. Je me sens ridicule. A suivre un parfait inconnu qui sait tout de moi. Je déteste me sentir aussi impuissant. 
Et je suis fatigué. Fatigué de tous ces tests à l'hôpital, de mes parents qui m'ont agressé de questions et de souvenirs de famille alors que je me rappelle parfaitement de mon enfance, et des médecins qui m'ont coupé du monde extérieur. Pas d'appels. Pas de télévision. Il me faut une "réadaptation en douceur". Mais y a aucune réadaptation possible puisque, manifestement, tout le monde refuse que je me souvienne. Les gens sont vagues, personne ne me dit clairement ce que j'ai fait pendant ces cinq années, et surtout, personne ne semble savoir pourquoi je n'ai plus aucun amis. Personne n'est venu me voir.
Tomlinson passe devant et je le suis, ce n'est pas comme si j'avais une foutue idée d'où j'habite, de toute façon. 
On entre dans le troisième bâtiment, quatrième étage, deuxième porte à gauche. Et aucun souvenir ne me revient. Je me laisse simplement porter. Tomlinson tient mon sac comme si j'étais un infirme. Et comme je ne tiens pas particulièrement à ce qu'il contient, je le laisse faire. Je n'ai pas l'impression que tout cela m'appartient, de toute façon. 
Tomlinson ouvre la porte de l'appartement. Il reste silencieux et ça devient vraiment gênant. L'endroit est sobre. Les murs blancs, les meubles propres, et les choses à leur place. C'est impossible que j'ai pu vivre un jour là-dedans. On dirait une publicité pour Ikea. Le manque de vie ici me fait vomir. Aucune surprise au fait que je ne m'en souvienne pas puisqu'il n'y a aucune trace de moi nulle part.

« 
J'ai vécu ici ? »
« 
Oui. »
« 
C'est vide. »
« 
J'ai enlevé certaines choses avant que tu arrives. »
« 
Certaines choses, » je répète. « Ce qui m'appartient, tu veux dire ? »
« 
Non, » s'offusque-t-il. « Non, non, jamais... Y a juste... »

Il parcourt la pièce du regard, l'air embêté. 

« 
Tu- » reprends-t-il, gêné. « Tu... Cassais pas mal de trucs, donc on les remplaçait. »
« 
D'accord. »

J'estime que je dois me satisfaire de cette réponse. Et ça ne m'étonne pas vraiment de moi, enfin quelque chose dans lequel je me reconnais. 

« 
Tu veux voir ta chambre ? »
« 
Ouais. »

Je suis Tomlinson dans le couloir, il me montre une pièce et je m'engouffre à l'intérieur. C'est encore plus vide que le salon. Ça me fait presque peur. Je m'enfonce dans la chambre. Je reconnais ma collection de DVD des Sopranos, mes affiches de groupe de rock et ma basse... Posée sur son socle, pleine de poussière.  

« 
Donc... Je suppose que je ne suis pas devenu pro. »
« 
Tu étais plutôt bon. »
« 
Pas assez pour continuer, apparemment. » Je reste silencieux un temps, méditant là-dessus.
 
Quand j'avais dix-huit ans, il n'y avait pas un seul jour où je ne jouais pas. Pas un seul jour où je laissais ma basse tranquille. Là, c'est toujours le même instrument, mais tout ce qu'il y a autour de lui a changé. Il y a moi qui ait changé, apparemment. Et je me demande où je l'ai laissé lui aussi, le moi de mes 18 ans. Les rêves et les aspirations que j'avais. S'ils sont aussi en décoration dans un coin de cet appartement et complètement laissés à l'abandon.
 
« 
Pourquoi je ne joue plus ? »
« 
Tu n'avais plus trop le temps avec le boulot et la fac... »
« 
J'ai dû tout perdre, » Je commente « Comme mes souvenirs. »
« 
Tu ne les as pas perdu, » rétorque Tomlinson. « Tu te souviendras »

Je reporte de nouveau mon regard vers cette chambre vide et trop rangée pour m'appartenir, vers mes cahiers de physique installés sur le bureau, et qui me rappellent que je suis censé être assistant d'un professeur au collège, et mon reflet dans le miroir. Je ne me reconnais plus.
Je n'ai pas grandi. J'ai vieilli. 

« 
Je ne suis pas sûr de vouloir me rappeler. »
« 
Pourquoi ? »
« 
Parce que ce n'est pas la vie que je rêvais à dix-huit ans. »
« 
Personne n'a la vie qu'il rêvait à ses dix-huit ans »

Je n'aime pas cette phrase. Elle est trop facile, trop fatidique. J'imagine que c'est ce que pensent les gens matures pour ne pas regretter leur passé, ne pas se dire qu'ils auraient pu agir autrement, que la vie les a emmené là, et puis tant pis. Ça leur donne simplement des excuses pour ne pas avoir eu le cran de réaliser leurs rêves et de se battre encore pour les atteindre.
Je regarde tout autour de moi. Cette vie que je ne veux pas, que je n'ai jamais voulu. Y a aucune raison rationnelle pour que je l'accepte, simplement parce qu'elle ne s'est pas passée comme je le voulais.
Et je réalise que cet accident est peut-être ma deuxième chance.
Une deuxième chance pour tout recommencer.
 
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Chapitre 1
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                 Harry Styles a changé la photo de son profil. 
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                 https://www.youtube.com/watch?v=0emXuhPTWUM ♥ - Avec Louis Tommo
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Chapitre 1
                                                                                               février 2014
Chapitre 1
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                 Eleanor CldCalum HoodJust-Un, et 152 autres personnes aiment ça. 
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                 Isa Belle Magnifique vous deux  $)
                      1 J'aime                 
                 Louis Tommo "Allez viens j't'emmène au dessus des gens" ♥ 
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                 Liam Payne J'en connais un qui va être jaloux, Michael Clifford  ;)
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                 Eleanor Cld Stupidement mignon. 
                      3 J'aime
                 Michael Clifford Tg l'herbivore. 
                      23 J'aime
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Tags : #Blackoutfic

Chapitre 2 25/12/2014

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Octobre 2015 

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                   Louis


 
« T'es sûr de toi, Lou ? »
 
Je me retourne vers Niall, un de mes seuls amis. Enfin, des amis, j'en ai eu plusieurs, j'en ai même eu trop, je crois. Certains sont passés, peu sont restés. Niall est l'un d'entre eux.
 
« Je sais, » je grince.
« Comment tu vas faire pour vivre avec lui sans rien lui dire ? » il continue, de son accent irlandais reconnaissable entre mille.
« Je ne sais pas, » je marmonne, continuant de ranger mes affaires dans le bureau qui me sert désormais de chambre. « C'est juste... La seule chose que j'ai trouvée pour le retenir. »
« Et la vérité ? » 
.
Je me retourne de nouveau vers lui. Il est assis dans le canapé qui me sert provisoirement de lit et s'amuse avec une balle rebondissante qu'il fait tourner entre ses doigts. 
.
« Il croit avoir 18 ans et être entré à la fac il y a quelques mois. Comment tu veux que je lui annonce qu'il est bi, et qu'on est en couple depuis deux ans ? Il se souvient à peine de moi ! Il se rappelle juste de son partenaire de physique, intello et coincé de sa première année. Sérieusement, Niall, qu'est-ce que je pouvais dire d'autre ? Je suis déjà soulagé qu'il ait cru qu'on est coloc. »
« Il l'a cru ? »
« Non » je réalise « Ses parents l'ont convaincu que c'est vrai. »
 
Je me laisse tomber sur le clic-clac à mon tour. 
.
« Donc tu comptes squatter le bureau jusqu'à quand ? »
 
Je regarde tout autour de moi, du placard bancal où se sont accumulées toutes nos affaires de cours, au vieux clic-clac qu'on a entassé là un jour, avec Harry, au cas où un pote restait dormir après une soirée. Y a pas eu de potes. Pas de soirées non plus d'ailleurs. J'ignore pourquoi. C'est vrai qu'on sortait beaucoup, avant. Je crois que la routine avait fini par prendre beaucoup de place. Pour moi, elle nous enveloppait, bien au chaud. Pour lui, elle s'était juste installée entre nous deux. Elle nous éloignait quand je croyais bêtement que rien ne nous séparerait.
 
« Jusqu'à ce qu'il se rappelle, j'imagine » je bafoue.
 
Et Niall pose la question qu'aucun de nous deux n'a réellement envie d'entendre.
 
« Et si ça n'arrive jamais ? »
 
Je me laisse tomber sur le dossier du canapé. Cette situation est tellement surréaliste.
 
« Je veux dire, » reprend Niall d'un air gêné « Tu serais prêt à être de nouveau avec lui ? Genre, à tout recommencer ? »
 
Je m'arrête. Oui, bien sûr que j'ai envie d'être avec lui, envie de l'embrasser, de dormir dans ses bras, de l'entendre me raconter ses projets avec son groupe, ses rêves de musicien, de lui envoyer des messages tous les jours, de me plaindre de mes cours, de l'entendre se plaindre de son boulot, de cuisiner n'importe quoi, de regarder des films, et faire tout ce qu'on faisait avant. Avant que ça ne l'intéresse plus.
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« Ouais... Ouais, je suppose. »
« Tu supposes ? » S'étonne Niall. 
« Je ne sais pas si j'aurais le courage de tout recommencer. Haz est genre... Inaccessible. Comme à ses 18 ans. La barrière est revenue, je ne crois pas avoir la force de la détruire de nouveau. »
« Elle a des failles, sa barrière, il ne peut pas t'avoir oublié, il t'aimait trop. »
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Mon c½ur se pince dans ma poitrine. Ce que je sais, c'est qu'il l'avait oublié, ces derniers temps. 
 
« Allez ! » s'exclame Niall en se relevant en un bond. « Ne fais pas cette tête, Lou, je suis sûr que tout va finir par s'arranger. »
« Il ne veut pas se souvenir, » je murmure. « Je le sens. »
« Harry a toujours eu peur de t'aimer, c'est la preuve qu'il est toujours là, quelque part. Et un jour, il te fera assez confiance pour s'ouvrir à nouveau à toi. »
« Il a mis presque quatre ans, Niall, » je lui rappelle, un ton cynique mal maîtrisé dans la voix.
« Alors donne lui en quatre, dix, quinze, il finira par revenir, » il rétorque, se dirigeant vers la porte. « Allez, viens, on va bouffer, je crève la dalle. »
 
Je me relève pour le suivre dans le couloir. Harry est toujours sous la douche, on entend l'eau couler, donc je me permets de continuer notre conversation :
 
« Et je fais quoi, moi ? Je l'attends ? »
« Ce n'est pas ce que j'ai dit, » nuance Niall, ouvrant le frigidaire et rentrant presque toute sa tête de pré-pubère irlandais à l'intérieur. « T'as pas fait les courses ? »
« Excuse-moi, mais j'avais d'autres choses à gérer ces derniers jours, et puis qu'est-ce que ça veut dire ? Tu me conseilles sérieusement d'aller voir ailleurs ? C'est mon copain, mec ! »
« Il ne sait pas que vous êtes ensemble, » déclare Niall en refermant la porte du frigidaire d'un coup sec. « Et tu ne veux rien lui dire. »
« Et ? » J'interroge, attendant une fin de phrase un peu plus cohérente.
 
Niall se dirige vers les placards, les ouvrant un à un à la recherche de nourriture.
 
« Il ne se souviendra jamais de moi si je sors avec quelqu'un d'autre, » je continue.
« Toi et moi, on sait que la seule chose qui fait réagir Harry, c'est la jalousie. »
« C'est une idée stupide, Niall. »
« Aussi stupide que de laisser un appartement sans nourriture, » se vexe-t-il, s'adossant à l'inox du lavabo. « Sérieux, tu veux me faire mourir de faim ? »
 
Je l'observe d'un air blasé. Qu'est-ce qu'on en a à foutre de son estomac, putain ?
 
« Tu peux faire un minimum semblant de t'intéresser à mes problèmes ? »
 
Je vois ses sourcils se froncer. Je suis injuste avec lui, je le sais. Il était en Irlande au moment de l'accident. J'avais Liam avec moi pendant qu'Harry était à l'hôpital, mais il a tout de même fait le trajet jusqu'à Paris pour me soutenir.
 
« Désolé, » je soupire en me laissant tomber sur un tabouret au bar de la cuisine. « Je suis fatigué, c'est tout. »
« Je sais, » murmure Niall. « Mais je maintiens que ce serait plus simple de lui dire toute la vérité maintenant, même s'il ne veut pas l'entendre. »
 
Ma tête tombe entre mes deux paumes. Niall a toujours été opposé à cette idée. Quand Liam et moi on a enlevé toutes les photos de l'appartement et qu'on a bloqué son compte facebook et instagram, il ne cessait de répéter qu'on se plantait sur toute la ligne.
 
« Les médecins ont préconisé une réadaptation en douceur, » je réponds, « Ça ne fait que trois jours. »
« Trois jours, une semaine, deux mois... Ça va finir par te bouffer, Louis. Tu ne lui diras jamais. Tu trouveras toujours une excuse pour repousser. Et tu crois qu'il te pardonnera de lui avoir caché ça ? »
 
La question reste en suspens. J'en ai aucune idée. J'en ai parlé avec ses parents. Déjà qu'ils ne m'aimaient pas beaucoup, je crois que ça les arrange qu'on fasse comme ça, comme si on était simplement des colocataires. Et si ça ne tenait qu'à eux, je pense même qu'ils ne se seraient pas gênés pour me faire dégager complètement de sa vie. Mais l'appartement était déjà payé, et je pense qu'ils n'étaient pas assez cons pour se mentir sur le fait que je suis le seul qui gère à peu près leur fils.
 
« Je ne sais pas, Niall, » je soupire de nouveau. « Sérieux, je suis tellement- »
« C'EST QUOI ÇA ? » résonne brusquement la voix d'Harry dans le couloir.
 
Et il se plante devant nous, en caleçon. Je déglutis, mal à l'aise. Mon Dieu, j'avais failli oublier à quel point il est beau.
 
 
             Harry
 
 
J'allume le robinet du lavabo pour me laisser le temps de réfléchir. J'ai prétexté à Tomlinson que j'allais prendre une douche, mais la vérité c'est que je suis juste enfermé dans la salle de bain depuis cinq minutes sans oser bouger. Je n'ai pas envie de descendre et de me retrouver seul avec lui. Je n'ai rien à lui dire. Je n'ai même rien à dire en général.
 
J'ai envie d'ignorer ces cinq dernières années. Je ne peux pas avoir 23 ans. Je ne peux pas avoir fini mes années d'études. Je ne peux pas avoir oublié toutes les meilleures années de ma jeunesse. C'est tellement injuste. Pourquoi j'ai choisi de rester dans une filière que je n'aimais pas ? Pourquoi j'ai décidé de passer cinq ans de ma vie en physique-chimie ? Pourquoi j'ai accepté de devenir prof ? Et ils sont où, les autres ? Mon groupe de musique, mes amis de facs, tous ceux à qui je parlais ? Pourquoi il n'y a plus que Tomlinson ?
 
Pourquoi je suis devenu « monsieur personne à la vie chiante » comme lui ?
 
J'ai envie de pleurer, de frustration, de colère, de regret. Parce que je ne sais pas ce qui est le plus idiot entre avoir tout oublié, ou avoir été conscient de faire des choix aussi nuls. Je ne sais pas qui je suis, je ne me reconnais absolument pas dans cette nouvelle vie et ça me fait peur. Ça me fait peur et je me sens seul. Je ne me sens pas prêt à jouer cette vie. A avoir cette vie.
 
Lentement, je me retourne pour observer mon reflet dans le miroir, et ça me fait mal. Je n'ai plus dix-huit ans. Je me souviens avoir eu peur d'en avoir dix-neuf hier, et aujourd'hui, j'en ai vingt-trois. Mes cheveux sont un peu plus longs. Mes traits plus prononcés. Mes yeux ont pris vingt ans. Mon sourire a disparu. J'ai perdu ma tête de bébé. J'ai pris des épaules et semble plus musclé qu'avant. J'ai l'impression d'avoir gagné en pilosité aussi. Je regarde mes bras et je vois qu'ils sont totalement vierges de tatouage. J'avais une liste de projets que je voulais faire mais apparemment, ça aussi je l'ai laissé tomber.
 
Je ne suis absolument pas devenu la personne à laquelle je voulais ressembler, en fait.
 
Et ça me fatigue, tous ses changements, alors j'éteins le robinet et je décide de me doucher réellement. J'enlève mes chaussures, maladroitement, et mon pantalon. Je retire mon tee-shirt. Trop tôt. Trop vite. Et je crois que je pourrais faire une attaque.
Je me tourne brusquement devant le miroir, comme pour me persuader que j'ai juste mal vu, mais non. Non, j'ai très bien vu ce que j'ai sur le torse. J'ouvre grand la bouche, à m'en décrocher la mâchoire. S'il vous plaît, dites-moi que je n'ai pas fait ça. Mais si je l'ai fait. Cet énorme tatouage de papillon en dessous de ma poitrine me semble même plus que réel. Je tends la main vers le robinet pour passer de l'eau dessus. Mais ça reste. Forcément que ça reste. J'ai un papillon tatoué à vie sur le corps. MAIS QU'EST-CE QU'IL M'A PRIS AU JUSTE ?!
 
Je ne prends même pas la peine de me rhabiller et je sors de la salle de bain, me ruant dans le salon à la recherche de Tomlinson.
 
« C'EST QUOI ÇA ?! » Je m'époumone en désignant mon ventre.
 
Il me regarde, confus, et semble mal-à-l'aise. Peut-être parce que je suis en caleçon devant lui. A vrai dire, je ne sais pas vraiment quelle était notre relation en tant que colocataires, mais je m'en fiche, et je continue de l'interroger.
 
« Quand est-ce que j'ai fait cette merde ?! »
« Je ne sais plus trop. Il y a longtemps. »
« Et personne ne m'en a empêché ?! » Je m'exclame. « Mais c'est quoi ce délire ? C'est tellement moche et... Oooh putain je ne peux pas croire que j'ai ce truc de tatoué sur le corps. »
 
Et le pire, c'est que je vois Tomlinson sourire. Alors j'explose littéralement de colère:
 
« Et tu te fous de ma gueule en plus ?! Quoi, c'était une blague ? Un pari débile que j'ai perdu ? »
« Non, non, je ne crois pas, » répond-t-il, confus. « Non je suis désolé, mais tu l'aimais beaucoup, ce tatouage. »
« Quoi ? Mais pourquoi alors ?! »
« Tu n'as jamais voulu me dire ce que ça signifiait. Mais je suis sûr qu'il a un sens. »
 
Je crois que mes yeux vont sortir de leur orbite. Un sens. Un sens à un putain de papillon. Où je vais trouver un sens dans le fait que je me suis fait un tatouage de meuf ?
Oh putain... J'étais gay.
 
« Non, » je m'exclame, choqué.
« Quoi ? Tu te souviens ? » me demande Louis, de suite.
 
Je le vois jeter un coup d'½il au garçon blond à côté de lui. Je n'ai aucune idée de qui il est d'ailleurs, ni depuis combien de temps il est là. Il reporte son regard sur moi, et je vois dans ses yeux qu'il est anxieux à l'idée que ça puisse être vrai. Comme s'il craignait réellement que je me souvienne d'un truc. Et je sais qu'il me cache quelque chose de gros. Et maintenant que je vois ce papillon, je me dis que ça ne peut être que ça.
 
« J'étais gay ? » je lui demande, ahuri.
« Harry, tu- »
« C'est pour ça que j'ai un papillon sur le ventre? » Je continue, toujours autant traumatisé.
« Quoi ? Mais non, ça n'a rien à voir, abruti ! »
 
Je souffle, soulagé, heureux presque d'avoir échappé à un tsunami. Puis je réalise que ça ne change rien à mon problème, et que j'ai toujours ce papillon tatoué sur le ventre.
Je vais m'asseoir sur le canapé, et je les vois se joindre à moi. Je suis en caleçon, pas lavé, avec un tatouage immonde sur le corps, à côté de deux inconnus, mais je m'en fiche. Je me sens tellement au bout de ma vie, de toute façon.
 
« Niall Horan, » déclare le blond assis à mes côtés, avec un accent irlandais.
 
Je le regarde, intrigué. Drôle de façon de se présenter.
 
« Harry. On se connaissait ? »
« Oui, on était potes. Je suis arrivé dans votre fac quand vous étiez en deuxième année, » m'explique-t-il avec un grand sourire.
« Avant ou après le papillon ? »
« Aucune idée, tu ne le montrais pas à tout le monde non plus. »
 
Je le regarde avec de grands yeux étonnés. A qui je le montrais, au juste ?
 
« J'avais une copine ? » Je demande. « J'ai une copine ? Est-ce que- »
 
Je m'interromps dans ma question. Personne n'est venu me voir à l'hôpital. A mon avis, je suis plus proche d'être vieux garçon plutôt que de former le couple parfait avec je ne sais trop qui. Dans tous les cas, être dans une relation posée, ça ne me ressemble pas. J'espère que j'ai au moins conservé ça.
 
« Non, » répond de suite Louis. « Tu n'avais personne. »
 
Alors je souffle, parce que je suis clairement soulagé, et je me dis que ma journée est au moins sauvée. Je suis tellement mauvais dans les relations. Je déteste tellement les relations. Cette fausse gentillesse qu'on est toujours obligé d'avoir pour ne pas fâcher l'autre. Ces SMS hypocrites qu'on se sent obligé d'envoyer. Ce truc de toujours devoir penser comme un "nous" et pas comme un "je". Et puis surtout, sentir l'autre qui nous échappe... Parce que c'est ce qu'il m'arrivait toujours avec Selena. Elle m'échappait totalement, comme moi je lui échappais, parfois. On n'avait aucun contrôle l'un sur l'autre, et ça faisait de nous le couple le plus insupportable de l'histoire des couples. Et je ne sais pas pourquoi, parce que s'il y a une minute, je me disais que j'étais heureux d'être célibataire, là, tout de suite, je me dis qu'elle me manque. Parce que c'est bien la seule personne qui me connait vraiment. Et que c'est aussi la seule personne que j'aurais cherché à rattraper.
 
« Et Selena ? » Je demande.
« Tu n'étais plus avec, » il me répond, gêné. « Vous ne vous parlez plus. »
« Tu sais pourquoi ? »
« Non. »
« J'étais amoureux d'elle. Dans mes derniers souvenirs, j'étais amoureux d'elle. »
 
Et je vois Louis qui me regarde avec l'air de dire qu'il le sait. Je jette un coup d'½il à celui qui s'appelle Niall, et il me regarde de la même manière, l'air de se dire que c'est dommage d'avoir oublié cette rupture et ses raisons. Et oui, c'est dommage, parce que là tout de suite, Selena est toujours dans mes souvenirs, et je suis loin de l'avoir oublié.
 
 
Chapitre 2
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Chapitre 2
                                                                                                Octobre 2010

                                                                                            
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selenagomez Putain t'es moche quand même ♥ @harrystyles #love #couple #happy #fun #university #studentlife #têtedecon 
michaelgclifford Cette meuf va être notre Yoko Ono, faut qu'on se débarrasse d'elle les mecs sinon c'est la fin du groupe, @calumhood, @luke_is_a_penguin, @ashtonirwin. #5SOS4ever 
eleanorj92 Vous êtes trop beaux, je vous déteste ♥ 
selenagomez Bouffon @michaelgclifford --' 
selenagomez Nous aussi ma chère @eleanorj92 ahah
harrystyles  c'est toi la moche ♥ et @michaelgclifford tu sais que tu es toujours le premier dans mon c½ur #mirry4ever 
michaelgclifford @harrystyles :3


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